Entrer dans le décor

J’ai tou­jours aimé cette expres­sion. Elle gomme gen­ti­ment la dif­férence entre la réal­ité et la fic­tion : entrer dans le décor, c’est buter au « vrai décor » de la vie. La con­fu­sion entre le vrai et le faux opère à deux niveaux : soit que je fonce dans le mur comme s’il était fait de carton-​pâte, soit que je prenne l’illusion pour la réal­ité en emprun­tant le chemin en trompe-l’œil. Évidem­ment, j’ai été mar­qué par The Road Run­ner Show. Quelle vision déli­rante — mais Ô com­bien jouis­sive — que celle d’un Road Run­ner prenant une route peinte dans le roc et celle d’un Wile E. Coy­ote qui, inca­pable de le suivre dans le mirage, s’aplatit dans le mur du réel comme tout le monde !

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Encore

Me revoilà devant cet écran blanc que je tente de rem­plir des signes de mon igno­rance. Activ­ité tou­jours à recom­mencer, la rédac­tion de ce blogue m’apparaît sou­vent comme une suite de ratages pour lesquels je dois me repren­dre con­stam­ment, comme si je cher­chais à réus­sir enfin ce que j’échouais sans cesse. Je me demande par­fois jusqu’à quel point je reviens à la case départ pour l’écriture de chaque nou­veau texte. À bien y penser, je crois qu’il n’y a jamais de nou­veauté, jamais de recom­mence­ment, jamais de page blanche. Il y a seule­ment de nou­veaux mots (un plutôt un nou­vel agence­ment des mêmes mots) que j’inscris entre les anciens, de manière à rajouter au dis­cours déjà entamé une par­en­thèse infinie, une expli­ca­tion, un com­men­taire sans fin.

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En éveil

À chaque sec­onde, il se passe des choses qu’il ne faut absol­u­ment pas man­quer. C’est pourquoi je reste en éveil le plus pos­si­ble. C’est cette atten­tion, ce souci de rester par­faite­ment con­cen­tré, qui me fera remar­quer les petits détails de la vie qui révè­lent de grandes choses à celui qui les remar­que. C’est ainsi que, l’œil alerte, je veille alors que tout le monde s’est assoupi.

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Cli­na­men

Ce terme peu courant m’était sorti de la tête et j’ai dû faire des recherches dans mon pro­pre mémoire de maîtrise pour le retrou­ver (quand le mémoire vient pal­lier la mémoire !). Selon Wikipé­dia, ce terme est attribué à Épi­cure par Lucrèce : « Le cli­na­men est un écart, une dévi­a­tion (lit­térale­ment une décli­nai­son) spon­tanée des atomes par rap­port à leur chute ver­ti­cale dans le vide, qui per­met aux atomes de s’entrechoquer. » Impliqué dans la notion d’indétermination en physique quan­tique, le cli­na­men serait cet écart infime à la règle sans lequel « jamais la nature n’aurait rien pu créer » (Lucrèce). Cette erreur inhérente au sys­tème per­met non seule­ment à la vie de sur­venir, mais donne égale­ment au hasard un rôle acci­den­tel sig­ni­fi­catif et con­sti­tu­ant qui devient la con­di­tion de toute lib­erté possible.

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À com­mu­ni­quer

Le sujet du blogue d’aujourd’hui n’est pas encore déter­miné. J’ai un doute, parce que les pos­si­bil­ités sont con­sid­érables. En effet, je dois choisir parmi tant de sujets pos­si­bles que je n’arrive pas à me décider. La dif­fi­culté ne tient pas tant dans l’acte de retenir un sujet par­ti­c­ulier que dans celui d’écarter tous les autres. C’est un peu comme si je me sen­tais une oblig­a­tion morale envers toutes les thé­ma­tiques exis­tantes, ce qui me rend inca­pable de trancher, comme si l’action même de préférer un sujet à tous les autres por­tait préju­dice à tous ceux que j’aurais ainsi écartés.

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À rebrousse-​temps

Parce qu’il est plus facile de con­naître le déroule­ment des choses a pos­te­ri­ori, je m’imagine sou­vent le monde à rebrousse-​temps, où le temps se déploie à rebours, de façon enten­due, prévis­i­ble. Tout serait écrit d’avance : on con­naî­trait les résul­tats sportifs avant même que les com­péti­tions ne se déroulent, on saurait de quoi aurait l’air les toiles avant de les pein­dre, on aurait entendu une musique avant de la com­poser, on habit­erait les immeubles avant qu’ils ne soient con­stru­its. Non seule­ment le monde serait plus sim­ple, mais les humains seraient cer­taine­ment moins anx­ieux : l’avenir ne réserverait plus aucune sur­prise puisqu’il serait déjà révolu.

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