Le sujet à venir

Je ne sais pas sur quoi écrire le blogue du jour ? Peu importe ! L’important est de com­mencer, le sujet vien­dra ensuite tout naturelle­ment. Si l’introduction est bien réussie, si l’entrée en matière présente une solide assise sur laque­lle il sera pos­si­ble de bâtir plus tard des argu­ments con­ven­ables, alors le développe­ment s’en suivra sans prob­lème, puisqu’il en sera la con­séquence directe, il con­stituera la suite logique des choses selon le mod­èle a+b=c.

De toute façon, je finis tou­jours par dériver du sujet prin­ci­pal, par bifur­quer vers des apartés qui n’en finis­sent plus de s’éloigner du thème : je n’aurai donc aujourd’hui qu’à m’écarter du sujet avant même de l’aborder. Ça nous sauvera du temps à tout le monde. Et puis je suis sûr que vous avez déjà com­pris que le sujet d’un texte, c’est tou­jours d’une manière ou d’une autre un pré­texte pour dire la même chose, d’un texte à l’autre, c’est-à-dire passer le même mes­sage qui pour­rait se résumer à peu près comme ceci : vous croyiez que les choses allaient se dérouler ainsi mais en fait elles se déroulent tout autrement. Ou alors ainsi : les choses se déroulent exacte­ment telles que vous les aviez imag­inées même si l’auteur vous fai­sait croire le con­traire. Ou encore celui-​ci : il ne faut jamais croire l’auteur de ce blogue puisqu’il finit tou­jours par se tromper, entraî­nant avec lui dans l’erreur le lecteur qui finira bien un jour par s’impatienter.

C’est donc dire que le sujet appar­ent du blogue n’en est pas le sujet réel, puisqu’il y a sub­sti­tu­tion. On tente d’orienter le lecteur vers une fausse piste, lui faisant croire que le sujet du présent texte est une chose, alors qu’on l’attend dans le détour avec un sujet tout autre qui en est le dérivé, la con­trepar­tie ren­ver­sée, le contre-​sujet. Dans le cas présent, puisque le thème n’est pas présenté d’emblée, il ne peut ainsi être dévié. Vous n’êtes donc pas cette fois-​ci vic­times du procédé, mais vous en êtes au con­traire devenus les com­plices. Autrement dit, vous êtes passés de l’autre côté du numéro : le magi­cien vous laisse voir dans le cha­peau et tous ses trucs n’ont plus de secret pour vous. En fait : vous êtes devenus le magi­cien et c’est l’auteur, qui ne peut plus désor­mais cacher ses atouts dans ses manches, qui se trouve dépos­sédé de tous ses moyens, de ses artifices.

Ici, vous com­menceriez à com­pren­dre de quoi il s’agit vrai­ment : l’auteur lais­serait enten­dre déjà que les apparences sont trompeuses et que ce qu’on prend pour le sujet d’un texte n’est peut-​être après tout qu’un petit détail qu’on a choisi au hasard pour démon­trer que toute chose est rel­a­tive. Le vrai sujet du texte, vous le com­pren­driez main­tenant, est juste­ment dans votre pro­pre inter­pré­ta­tion des faits : l’auteur ne parle pas d’une chose dans son absolu, mais il mon­tre plutôt que cette chose est pareille à cette autre chose qui vous intéresse tout par­ti­c­ulière­ment. Autrement dit, le sujet choisi par l’auteur ne serait guère qu’un exem­ple pour décrire ce qu’on pour­rait dire sur un autre sujet, sur n’importe quel autre sujet, exem­ple qui cherche à attirer votre atten­tion sur l’importance de se méfier de tout, de se méfier du sujet qui pour­rait finale­ment dire tout autre chose que ce qu’il sem­ble vouloir dire apparemment.

Le vrai sujet, c’est vous ! Vous qui prenez le temps de lire, vous qui com­prenez ce que l’auteur ignore encore : ce texte n’est pas ce que son auteur croit qu’il est, mais une chose que les auteurs ne peu­vent com­pren­dre, un secret que seuls les lecteurs peu­vent con­naître… Le vrai sujet, jamais l’auteur ne saurait le com­pren­dre réelle­ment. Le vrai sujet, il com­mence exacte­ment là, où le texte finit et où le monde com­mence, alors que le lecteur ter­mine sa lec­ture et que soudaine­ment tout fait sens… main­tenant !