Le meilleur à venir

Dans mes plus beaux élans d’optimisme, je me réfère à cette cer­ti­tude qui som­meille au fond de moi : le meilleur est à venir. En effet, j’ai du mal à com­pren­dre qu’on puisse se dire le con­traire. Même lorsque frappe le mau­vais sort et que l’horizon ne sem­ble pas des plus dégagés, j’ai cette intime con­vic­tion qu’on peut tou­jours encore atten­dre le meilleur : il ne pren­dra peut-​être pas la forme qu’on s’imaginait, ne répon­dra pas à cette image qu’on s’en fai­sait, mais il vien­dra néan­moins, cer­taine­ment par sur­prise, parce que toute bonne chose est générale­ment imprévisible.

Cher­chant la bête noire, cer­tains trou­veront des expli­ca­tions à un pareil opti­misme et voudront m’accuser de prédis­po­si­tions par­ti­c­ulières… J’en entends déjà qui me dis­ent : « Bien sûr, c’est facile d’être opti­miste quand on a tou­jours été mal­heureux. Évidem­ment, les choses ne peu­vent que s’améliorer… »

De quel droit… ! Non, mais ! Atten­dez ! J’ai eu de bons moments… N’allez pas croire que je suis un mélan­col­ique rivé à son mou­choir, un paumé qui rêve de lende­mains glo­rieux pour mieux oublier ses mau­vais jours… Comme tout le monde, j’ai eu des hauts et des bas; comme tout le monde, j’ai quelque­fois broyé du noir et puis j’ai espéré un retour du pen­d­ule qui me met­trait enfin sur la bonne piste, celle du bon­heur proclamé par tous les vendeurs d’assurance et phar­ma­ciens de ce monde; comme tout le monde, je suis soumis aux aléas de la vie, mau­vaises expéri­ences, coups durs et autres vicis­si­tudes qui lais­sent çà et là des cica­tri­ces qui nous rap­pel­lent qu’il n’y a pas que l’eau de rose qui coule sous les ponts. De là à dire que tout mon passé est un chapitre désolant sur lequel j’aimerais tourner la page défini­tive­ment, il y a un pas que je ne suis pas prêt à franchir… tout de suite.

Le bon­heur, c’est dans la tête. Du moins, c’est ce que je me dis lorsqu’il m’arrive par­fois de vouloir en changer : une belle tête vide que je pour­rais meubler comme je veux, avec du neuf. Il y a par­fois telle­ment de ménage à faire dans le gre­nier qu’on voudrait tout sim­ple­ment démé­nager… Mais voilà, ça ne marche pas comme ça. Il faut ouvrir les fenêtres et laisser entrer l’air et la lumière des jours à venir sur les ombres du passé. Il faut se pren­dre en main, se sec­ouer un peu, net­toyer ses lunettes de la pous­sière qui s’y est accu­mulée pour voir un peu plus loin, au bout de son nez…

Ce meilleur à venir, je l’attends de pied ferme. Je fais de la visu­al­i­sa­tion : je le sens si proche que j’ai par­fois l’impression que je peux presque y toucher, qu’il est déjà là, à atten­dre que je fasse le pre­mier pas. C’est pourquoi j’ai décidé de fon­cer, tête bais­sée, vers l’avenir qui me tend les bras. Pen­dant que les autres craig­nent le pire, moi je plonge dans le meilleur à venir prochaine­ment, le meilleur à venir main­tenant, si proche qu’il suf­fit de ten­dre la main, d’ouvrir les yeux, pour décou­vrir… qu’il est déjà là.